Les peintures à l'huile d'andré hambourg

Le Maghreb

Jamais A. Hambourg  ne s’est aussi délibérément affranchi, non seulement des tendances de l’Ecole, mais de l’ambiance même qui agit à leur insu sur tous les artistes d’une même époque.

Tout est personnel, vivant, vibrant, pénétré de lumière vraie

A.Cazes 1938

André Hambourg à Touggourt
André Hambourg à Touggourt

 

Lauréat du Prix Abd-el-Tif, le 29 juin 1933, André Hambourg débarque à Alger, courant décembre de la même année. Le jeune  impétrant qui n’a pas brigué le traditionnel et classique Prix de Rome lui a préféré ce prix de peinture, créé en 1907, à l’initiative de Charles Jonnart, gouverneur général d’Algerie, et de Léonce Bénédite, conservateur du musée du Luxembourg. Ce choix n’est pas un hasard de la part de celui qui, dès ses débuts, se départit des institutions officielles et de l’Ecole des Beaux-Arts, leur préférant une indépendance qui caractérisera toujours l’homme comme le peintre.

 

André Hambourg, frais émoulu des Académies libres de Montparnasse, arrive à la villa Abd-el-Tif, située sur les hauteurs d’Alger, pour une durée d’une année, pouvant être reconduite d’un an supplémentaire. Logé dans ce petit palais hispano-mauresque des XVIIe et XVIIIe siècle, édifié au sein d’une nature luxuriante, le pensionnaire bénéficie d’une bourse annuelle dont le montant initialement fixé à 3 000 francs, évolue avec les années. L’artiste perçoit la somme de 24 000 francs complétés de 4 000 francs pour ses fournitures de peinture. Il arrive sans à priori, mais décidé à tirer le maximum d’une expérience qu’il pressent féconde. N’écrit-il pas peu de temps après son arrivée : « me voici depuis deux mois,dans ce pays splendide où une énorme,diversité surprend le nouveau venu. J’y découvre un mélange incroyable d’époque et d’individus. Tout près de la Casbah, on se croirait au temps de Rembrandt et l’on comprend ce que fut la vie indigène de tous les siècles ».

50 ans séparent ces deux photos

Le choc est à la mesure de ses découvertes. Si Delacroix a retrouvé dans le peuple marocain, l’Antique vivante, André Hambourg est ébloui par une lumière inconnue. Il reprend à son compte le constat fait par l’illustre peintre lorsqu’il affirme que ces types lui ont fait retrouver la beauté antique. A Paris il peignait l’ombre. Ses paysages urbains, empreints de gravité, sont surmontés d’un ciel gris. C’est comme si le rideau du temple s’était déchiré. Il accède à un monde de l’intemporel et de la permanence.

La Villa lui fournit ses premiers sujets. Le jardin, planté d’ombellifères sauvages, de palmiers, d’orangers et de citronniers, l’allée ombragée, sont peints par petites touches denses . La palette s’éclaircit.

André Hambourg ignore qu’il s’installe pour dix ans. Son regard se nettoie à jamais des scories inhérentes à la peinture en atelier. Ivre d’une lumière dévoreuse de couleurs, le jeune peintre se perd dans Alger la Blanche. Il doit tout réapprendre. Rien ne sera plus comme avant ; « il y avait tellement de lumière qu’il n’y avait plus de couleurs. Le soleil les dévorait. Pour les traduire, les fixer, il fallait tout réinventer »

 

En compagnie d’Emile Bouneau, André Hambourg se rend dans l’Est et le Sud algérien. Ce long voyage le mène à El Kantara, Constantine, Biskra, Bou Saada, Tipasa. La traversée des villages lui fait côtoyer une population dont il observe la dimension humaine.

Il se fait l’interprète du Maghreb qui marque à jamais son regard de peintre. Il prend l’habitude de prendre des notes. Esquisses rapides, croquis prompt, pour mieux se pénétrer d’un réel où les couleurs, le mouvement, sont d’une vérité que seule l’expérience a pu lui donner.

Le pensionnaire travaille quotidiennement avec une ardeur qui lui fait accumuler les tableaux qui sont régulièrement exposés dans de nombreuses manifestations. Il peut profiter d’une chambre à la Villa pour une année de plus. Certaines de ses œuvres participent au Salon de la France d’Outremer au Grand Palais à Paris et au Salon d’Automne de 1936.

Entre 1937 et 1939, André Hambourg effectue plusieurs missions dans le Sud marocain. Il y découvre de nouveaux paysages. Au grouillement des marchés répond la grandeur de sites millénaires comme celui de la montagne dite Le Doigt de Dieu à Tafraout, aux places animées, les patios secrets, aux foules bigarrées la pudeur d’un portrait, et partout la lumière qui absorbe.

Confronté aux traditions encore vives, aux fêtes religieuses, à la somptuosité des costumes traditionnels, l’artiste entreprend une anthologie picturale. La vie est toujours la plus forte. L’avenir le confirmera. André Hambourg peint la vie, parce qu’il croit à ce formidable mouvement porteur d’espoir « il faut se laisser aller à ses impressions, travailler librement, n’être ni trop exigeant, ni trop sévère, sincère avant tout ».

Le 2 septembre 1939, André Hambourg reçoit son ordre de route, mobilisé à Casablanca. Il doit rejoindre le 32e régiment du train, puis le service géographique des armées à Rabat. Il travaille à l’organisation d’une section de camouflage pour l’Armée d’Afrique. Pendant ces années de guerre, les expositions se poursuivent à Casablanca, à Oran et à Alger.

Démobilisé en 1940 à Casablanca, en 1942 il est à Oran. Retourné à Alger, il est requis par le régiment du génie.

Demandé par le Colonel Raoul Salan, il est affecté au 2ième bureau où il devient dessinateur reporter du journal Combattant 43.

La peinture s’éloigne provisoirement. Le résistant supplante le peintre. Le chapitre de la France libre va s’écrire.